Sur un emballage de cosmétique, presque tout est du discours : le nom du produit, les promesses, les pourcentages mis en avant, la photo de la plante. Un seul élément est imposé par la loi et vérifiable : la liste INCI.
INCI signifie International Nomenclature of Cosmetic Ingredients. C'est une nomenclature standardisée, en latin pour les extraits végétaux et en anglais pour le reste, obligatoire dans toute l'Union européenne au titre du règlement (CE) n° 1223/2009. Elle existe pour une raison simple : permettre à quiconque, partout en Europe, d'identifier exactement ce qu'il applique sur sa peau.
Elle a mauvaise réputation parce qu'elle semble illisible. En réalité, trois règles suffisent à en tirer l'essentiel.
Règle 1 — L'ordre n'est pas aléatoire
Les ingrédients sont classés par ordre de concentration décroissante. Le premier est le plus présent, le dernier le moins.
C'est l'information la plus utile de toute la liste. Si une marque construit sa communication sur l'huile d'argan et que Argania Spinosa Kernel Oil arrive en dix-septième position, entre deux conservateurs, vous savez à quoi vous en tenir.
Les trois à cinq premiers ingrédients représentent généralement 70 à 90 % de la formule. Ils déterminent la texture, la sensation et l'essentiel de l'action.
Ce que vous verrez presque toujours en premier
Aqua — de l'eau. Elle ouvre la liste dans la quasi-totalité des crèmes, sérums et lotions. Ce n'est ni un défaut ni un remplissage : c'est la phase dans laquelle les actifs hydrosolubles sont dissous. Une formule sans eau est une huile, un baume ou une poudre.
Glycerin — la glycérine, l'humectant le mieux documenté du secteur. En seconde ou troisième position, c'est un bon signe pour une peau qui manque d'eau.
Viennent ensuite les corps gras (Squalane, Caprylic/Capric Triglyceride, Cetearyl Alcohol), les émulsifiants qui tiennent l'eau et l'huile ensemble, puis les épaississants.
Règle 2 — La bascule du 1 %
La réglementation impose l'ordre décroissant seulement jusqu'à 1 % de concentration. En dessous de ce seuil, la marque peut lister les ingrédients dans l'ordre qui l'arrange.
Savoir où se situe cette bascule change la lecture. Deux repères fiables la signalent :
- Les conservateurs, dont la dose légale maximale est faible : Phenoxyethanol (1 % maximum), Sodium Benzoate, Potassium Sorbate.
- Les agents de texture à très faible dose : Xanthan Gum, Carbomer, Tocopherol, Disodium EDTA.
Tout ce qui apparaît après l'un de ces marqueurs est présent à moins de 1 %. Un extrait végétal mis en avant sur le packaging mais cité après le Phenoxyethanol relève du marketing plus que de la formulation.
Une nuance importante : certains actifs sont efficaces à très faible dose. Les rétinoïdes, les peptides, l'acide hyaluronique de haut poids moléculaire agissent à des concentrations inférieures à 1 %. Leur position basse dans la liste n'est pas un aveu de faiblesse. Le test reste le même : est-ce que la marque annonce une concentration précise, ou se contente-t-elle de citer le nom ?
Règle 3 — La fin de liste est un bloc à part
Les dernières lignes contiennent presque toujours le parfum et les colorants. Deux mentions méritent votre attention.
Parfum (ou Fragrance) est un terme unique qui peut recouvrir des dizaines de molécules différentes, sans obligation de les détailler. C'est la première cause d'intolérance cosmétique. Un produit qui mentionne « Parfum » tout court reste légal et souvent très bien toléré, mais si votre peau réagit sans que vous compreniez pourquoi, c'est le premier suspect à écarter.
Vingt-six substances parfumantes allergènes doivent en revanche être nommées dès qu'elles dépassent 0,001 % dans un produit non rincé : Limonene, Linalool, Citronellol, Geraniol, Citral, Coumarin. Leur présence n'est pas un signal d'alarme — elles sont naturellement contenues dans les huiles essentielles d'agrumes et de lavande. C'est une information destinée aux personnes déjà sensibilisées.
CI suivi de cinq chiffres (CI 77891, CI 19140) désigne un colorant selon l'index international des couleurs.
Quatre idées reçues à poser
« Un nom compliqué est un mauvais signe. » Non. Tocopherol est de la vitamine E. Ascorbyl Glucoside est un dérivé stable de vitamine C. Butyrospermum Parkii Butter est du beurre de karité. La nomenclature est en latin et en anglais, pas en français courant — c'est tout.
« Les alcools assèchent. » Il faut distinguer. Alcohol Denat. et Ethanol sont volatils et peuvent déssécher à forte dose. Mais Cetyl Alcohol, Cetearyl Alcohol et Stearyl Alcohol sont des alcools gras : ce sont des émollients qui adoucissent la peau. Le mot est le même, la fonction est opposée.
« Sans conservateur, c'est mieux. » Une formule aqueuse sans système conservateur développe des micro-organismes. Le risque réel est là, pas dans le conservateur.
« Naturel veut dire mieux toléré. » Les huiles essentielles sont naturelles et figurent parmi les substances les plus allergisantes de la cosmétique. « Naturel » décrit une origine, pas une tolérance.
La lecture en trente secondes
- Lisez les cinq premiers ingrédients : ils donnent la nature réelle du produit.
- Repérez le conservateur : il marque la frontière du 1 %.
- Vérifiez où se trouve l'ingrédient vedette de la communication, avant ou après cette frontière.
- Cherchez Parfum et les allergènes si votre peau est réactive.
- Comptez la longueur : une liste de soixante lignes n'est pas forcément mauvaise, mais elle rend l'identification d'une intolérance quasi impossible.
Pourquoi nous affichons la liste entière
Une liste INCI complète est facile à imprimer en petit au dos d'un flacon et difficile à assumer sur une fiche produit. Nous affichons la nôtre en clair, avec la fonction de chaque ingrédient, parce qu'une marque qui demande qu'on lui fasse confiance devrait commencer par donner de quoi la vérifier.
Un ingrédient vous inquiète ou vous intrigue ? Écrivez-nous avant de commander : c'est plus simple qu'un retour. Nos autres réponses sont sur la page Questions fréquentes.